Par-delà les discours officiels et les communiqués calibrés, une réalité s’impose peu à peu dans le paysage politique mauritanien : celle d’un pouvoir de plus en plus obsédé par son image. Et au cœur de cette dynamique, le Premier ministre semble incarner, à lui seul, cette dérive vers une gouvernance du « paraître ».
Ces derniers mois, ses déplacements publics prennent des allures de démonstrations médiatiques soigneusement orchestrées. Caméras omniprésentes, cortèges impressionnants, couverture quasi systématique : tout est mis en œuvre pour transformer chaque sortie en événement. Une stratégie de communication qui interroge, surtout lorsqu’on la compare à la sobriété relative du chef de l’État lui-même, dont la fonction, pourtant supérieure, ne s’accompagne pas du même déploiement spectaculaire.
Cette inflation médiatique autour du Premier ministre soulève une question essentielle : gouverne-t-on encore, ou cherche-t-on avant tout à être vu en train de gouverner ? La nuance est de taille. Car derrière l’image d’un homme proche du terrain, actif et engagé, certains observateurs pointent un décalage préoccupant entre la mise en scène et les résultats concrets.
Le culte de la visibilité n’est pas sans risque. À force de vouloir occuper l’espace public, on finit par donner l’impression que l’action politique se résume à une succession d’apparitions, plutôt qu’à des décisions structurantes et durables. La politique devient alors un théâtre, où chaque déplacement est une scène, chaque déclaration un script, et chaque citoyen un spectateur.
Plus grave encore, cette personnalisation excessive du pouvoir peut être perçue comme une tentative implicite de construction d’une stature au-delà du rôle institutionnel. Lorsqu’un Premier ministre adopte une posture quasi-présidentielle dans sa communication, il brouille les lignes et alimente les interrogations sur ses ambitions réelles. Est-ce encore le serviteur d’une politique définie au sommet de l’État, ou déjà l’acteur principal d’un récit personnel ?
Dans un contexte marqué par des défis économiques et sociaux majeurs, les Mauritaniens attendent autre chose que des images bien cadrées. Ils attendent des réponses, des résultats, et surtout une forme de retenue institutionnelle qui témoigne du respect des équilibres du pouvoir.
La politique du « m’as-tu vu » peut séduire à court terme, mais elle finit toujours par se heurter à l’exigence du réel. Et dans ce face-à-face, ce ne sont pas les caméras qui jugent, mais les faits.
À trop vouloir incarner le moment, on risque d’oublier l’essentiel : gouverner, ce n’est pas apparaître. C’est agir.
Baba Ahmed Salem







