Pour un vrai dialogue

Silence, on dialogue ! Ou, plutôt, on veut dialoguer. Car, à l’heure actuelle, rien n’est sûr.

Silence, on dialogue ! Ou, plutôt, on veut dialoguer. Car, à l’heure actuelle, rien n’est sûr.

Certes, Ghazouani a encore appelé à un énième conclave politique (combien y en a-t-il eu en son temps, et même du temps d’Aziz, son alter ego qui croupit aujourd’hui en prison) ? Mais il pourrait s’agir tout simplement d’un vœu pieux. Ceux qui gouvernent réellement le pays (le ministre de l’Intérieur, d’un côté, et le Premier ministre de l’autre) risquent, de par leurs manèges, de tout faire capoter ! Leurs intérêts divergents vont à l’encontre de la volonté d’apaisement prôné par un président de la République qui, à force de déléguer ses pouvoirs, apparaît, de plus en plus, comme un « roi nu » !

C’est dire que Moussa Fall, le vieux baroudeur politique du MND dont le mouvement est réputé avoir servi tous les pouvoirs, bien que se réclamant le plus souvent de l’opposition, a du pain sur la planche. Il ne fait pas seulement face à une opposition aux visées et ambitions disparates mais également à des tiraillements, au sein du pouvoir, entre clans rivaux, se livrant à une lutte à mort pour consolider leurs positions dans la perspective de l’après second mandat, avec, comme point de mire, 2029.

Si, comme le pensent certains analystes de la scène politique nationale, le Premier ministre El Moctar Ould Djay travaille à la réussite du dialogue, en cherchant à y impliquer ses partisans mais aussi l’opposition qui a pris son parti contre le ministre de l’Intérieur Ould Hweyrthi, ce dernier n’a aucun intérêt à voir aboutir un dialogue qui redore le blason de son ennemi juré, replace l’opposant « radicale » Biram Dah Abeid dans la sphère de la normalité politique et, surtout, enterre ce que lui a déjà réalisé comme mesures destinées à museler l’opposition à travers les très controversées lois sur les partis et les « roumouz » !

Certains malins esprits n’hésitent pas, dans un tel contexte, à voir en les dernières vexations provoquées par les sulfureux propos de certains partisans de Biram (la journaliste Warda et la députée Marième Mint Cheikh) une tentative bien pensée d’hypothéquer le dialogue qui est encore dans sa phase de préparation. Et il faut dire que, de l’autre côté aussi, on ne s’embarrasse pas de scrupules ; on tire à boulets rouges sur tout ce qui bougent.

Car, ce que certains feignent d’ignorer est que, au sein de la majorité, certains ne vivent que pour et par la crise ! Pas étonnant puisqu’il faut les « vociférations » des partisans de Biram – aujourd’hui le seul opposant radical – pour que ceux qui se donnent comme les « défenseurs » du régime font tourner à plein régime leur propagande autour d’un « péril haratine » ou flamiste.

Il s’agit-là d’une double attitude néfaste à la stabilité et à la paix sociale, car elle entretient un état de crise permanente duquel chaque camp tente de tirer profit. Une ambiance délétère qui rappelle, dans certains de ses développements, la fin du pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz, avec les manœuvres finalement avortées pour un troisième mandat.

Sur un autre plan, on ne peut que s’étonner de voir la profusion d’articles et de dénonciations d’une gabegie qui dépasserait, par son ampleur, celle pour laquelle l’ancien président Aziz est jugé aujourd’hui. Le même modus operandi, les mêmes suspicions, le même entourage familial, la même insouciance…la même irresponsabilité. Les mêmes récriminations, la même crise, les mêmes acteurs, avec ceux qui sucent le pays, d’un côté, et ceux qui subissent, ceux qui s’enrichissent, sans cesse, et ceux qui s’appauvrissent.

Dans ce jeu-là, on ne sait souvent plus qui est qui ou qui fait quoi ! Les gens de la majorité cachent mal leur jeu, ne parvenant pas à montrer qu’ils sont avec le président par engagement non par intérêt. Dans le camp de l’opposition, c’est le même manège. Le jeu infernal de l’opportunisme qui a conduit Messaoud Ould Boulkheir, Ahmed Ould Daddah et Mohamed Ould Maouloud à renier leurs convictions du début de la démocratie pour nouer des alliances de circonstances avec tous les pouvoirs qui se sont succédé depuis la chute de Taya. Même Biram Dah Abeid que l’on croyait le champion et le défenseur d’une cause, n’est, en réalité, qu’une pièce de ce puzzle où l’on est contraint de jouer le rôle qui arrange dans une situation donnée. Ainsi, ce leader qui revendique le statut de premier des opposants, laisse ses hordes déverser leur bile sur le pouvoir, monter la tension pour, à un certain moment, se présenter en pompier ! Il a même eu le « génie » de faire parler sa femme, « oumel Abid » (la mère des esclaves) avant lui pour venir prôner l’apaisement. D’aucuns considèrent qu’il ne s’agit nullement d’une démarche désintéressée et qu’il doit avoir reçu quelque chose pour nager à contre-courant des deux députées d’Ira et de tous les militants qui ont voulu entretenir la surenchère avec le pouvoir, notamment avec le ministre de l’Intérieur Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine dit Ould Hweirthi.

Face à une telle situation, le dialogue prôné par Ould El-Ghazouani et devant être préparé par Moussa Fall n’inspire pas confiance. C’est un jeu d’ombres et de lumières que les Mauritaniens ont déjà vécu à maintes reprises, sans jamais avoir l’impression d’être sortis de l’auberge des généraux.

Si les voix ne s’élèvent pas encore pour demander un troisième mandat pour l’actuel occupant du palais présidentiel, comme on l’avait fait pour Aziz aujourd’hui embastillé, on commence déjà à chercher le « remplaçant » idéal en avançant les noms du Premier ministre Moctar Ould Diay, du ministre de l’Intérieur Ould Hweirthi ou encore du ministre de la Défense Hannena Ould Sidi, un général à la retraite qui, si le scenario suivi jusque-là pour que l’Armée conserve le pouvoir, à travers l’un de ses retraités de prestige, est le mieux placé pour être le candidat du pouvoir en 2029. Si rien n’arrive jusqu’à cette date !

Ould Ennass